On voit souvent la mention « ferme familiale » sur un panneau de ferme au Canada, et même sur les étiquettes de divers aliments, mais qu’est-ce que cela signifie concrètement? Le terme renvoie-t-il à la taille de la ferme, à qui en est propriétaire ou aux méthodes de production? Des études indiquent que les Canadiens font davantage confiance aux « fermes familiales » qu’aux « fermes industrielles ». L’expression « ferme industrielle » n’est pas une catégorie officielle et n’est pas utilisée dans les statistiques canadiennes. Il s’agit plutôt d’un terme chargé, souvent employé pour présenter l’agriculture sous un angle négatif.
Dans cet article, on explique les définitions d’une ferme familiale et d’une ferme mixte au Canada. On y présente aussi l’évolution de la taille des fermes, la façon dont les familles gèrent ces entreprises agricoles et la place qu’elles occupent dans leurs communautés.
Qu’est-ce qu’une « ferme familiale » au Canada?
Il n’existe pas de définition universelle du terme ferme familiale, mais les concepts sont similaires pour les autorités canadiennes et internationales. Statistique Canada considère qu’une ferme familiale est une entreprise agricole pour laquelle la gestion et la prise de décision sont entre les mains d’individus ou de familles. L’entreprise n’est pas une ferme familiale si elle est gérée par une commune, une coopérative ou une société par actions non familiale. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de son côté, décrit la ferme familiale comme étant gérée et opérée par une famille, et dont la grande partie de la main-d’œuvre et du capital proviennent de la famille.
En pratique, une ferme familiale est une entreprise exploitée et gérée par une famille. Les membres de la famille assument la majeure partie de la gestion et fournissent une part importante de la main-d’œuvre. Les actifs de la ferme sont souvent considérés comme faisant partie du patrimoine familial et ce, souvent pour plusieurs générations.
Quel est l’impact des fermes familiales pour vous?
Au Canada, l’expression « ferme familiale » désigne les entreprises agricoles dont la propriété et la gestion relèvent d’une famille ou de ménages apparentés. Une ferme ou un ranch demeure une entreprise familiale, même s’il est constitué en société pour des raisons fiscales ou de responsabilité civile, ou s’il emploie des travailleurs salariés.

Y a-t-il beaucoup de fermes familiales au Canada?
Les données des recensements indiquent que les fermes canadiennes sont généralement gérées par des familles. Par exemple, l’analyse de plusieurs recensements, réalisés tous les cinq ans, révèle que plusieurs centaines de milliers de fermes ont historiquement été des fermes familiales. Seule une petite minorité sont désignées comme des sociétés non familiales, des coopératives ou d’autres structures non familiales.
Le Recensement de l’agriculture de 2021 a dénombré 189 874 fermes au Canada, de tailles et de productions variées. Un grand nombre appartiennent à des particuliers ou à des familles qui en assurent la gestion, tandis que les sociétés non familiales demeurent peu nombreuses. Le nombre total de fermes est en baisse à long terme, et leur taille moyenne augmente. Le Canada compte donc moins de fermes qu’auparavant, mais celles-ci sont en moyenne plus grandes.
L’impact des fermes familiales au Canada
Bien que les fermes soient en moyenne plus grandes et qu’elles soient moins nombreuses que lors des décennies précédentes, la plupart des fermes canadiennes demeurent la propriété de familles qui en assurent la gestion. Elles ne sont pas des corporations sans visage, mais bien ancrées dans un patrimoine familial.
Qu’est-ce qu’une ferme mixte?
Une ferme mixte produit plusieurs types de denrées agricoles. Elle peut, par exemple, combiner des cultures et l’élevage d’animaux, ou vendre plusieurs types de cultures. Les fermes des siècles passés étaient souvent mixtes, combinant par exemple des céréales et des vaches, ou des grandes cultures et des porcs. Au fil du temps, certaines fermes se sont spécialisées, tandis que d’autres demeurent mixtes pour des raisons agronomiques et commerciales.
Voici des exemples de fermes mixtes :
- Une ferme qui cultive des céréales et des oléagineux, tout en élevant un troupeau de vaches-veaux pour la viande.
- Une ferme laitière qui cultive des fourrages et des céréales pour nourrir son troupeau, et qui vend aussi des cultures, tout en offrant un service de travaux à forfait à d’autres fermes. Ce service permet de rentabiliser les tracteurs et équipement pour travaux aux champs.
- Une ferme qui combine la culture de légumes, de petites céréales et élève des animaux pour les vendre en circuit court, dans des marchés locaux ou régionaux.
Ce qu’est une ferme mixte
Lorsqu’une ferme est dite « mixte », elle vend généralement plus d’un produit agricole ou aliment. Par exemple, elle peut vendre des cultures et élever des animaux. Cette diversification lui permet de répartir les risques et d’optimiser l’utilisation des terres, de la main-d’œuvre et de l’équipement tout au long de l’année.
Est-ce que la taille d’une ferme suffit pour savoir s’il s’agit d’une ferme « industrielle » ou « familiale »?
L’expression « ferme industrielle » est parfois utilisée pour désigner les grandes fermes dans certains discours, mais ce terme ne repose sur aucune définition réglementaire ou statistique précise au Canada. La recherche et les associations agricoles (en anglais seulement) soulignent que bon nombre des plus grandes fermes demeurent la propriété de familles et sont gérées par elles, et qu’elles doivent respecter les mêmes normes que les petites fermes, qu’il s’agisse des normes réglementaires ou celles de l’industrie.
Le Recensement de l’agriculture de 2021 indique que le nombre de fermes de taille moyenne a diminué, tandis que le nombre de grandes fermes a augmenté, en particulier dans les secteurs qui exigent de vastes superficies, comme les céréales et les oléagineux. C’est une tendance qui reflète surtout les besoins de résilience par la consolidation et les économies d’échelle, et non un passage de propriété familiale à une autre entité juridique. En effet, bon nombre de ces grandes fermes sont toujours dirigées par des familles et, souvent, plusieurs générations participent activement dans l’entreprise. Lorsque plusieurs descendants participent aux activités de la ferme, il est parfois nécessaire de diversifier et agrandir les activités de la ferme pour générer des revenus suffisants pour tous les membres de la famille qui en deviennent actionnaires.
L’impact des normes au Canada
La taille d’une ferme n’indique pas qui en est le propriétaire ou le gestionnaire, ni comment les animaux et les cultures sont réglementés. Toutes les fermes, grandes et petites, peuvent être des entreprises familiales et sont assujetties aux mêmes cadres réglementaires en matière de salubrité des aliments, de bien-être animal (en anglais seulement) et d’environnement (en anglais seulement).
Comment une famille choisit-elle la structure juridique pour sa ferme?
Les ranchs et les fermes familiales peuvent adopter différentes formes juridiques, comme l’entreprise individuelle, la société de personnes ou la société par actions. Ces formes juridiques n’excluent pas la famille. Au contraire, la famille choisit la structure de l’entreprise afin de gérer la charge financière et le risque et offrir de meilleures conditions de travail et un équilibre de vie pour les membres de la famille. La structure juridique aide donc à faire face aux défis liés à la fiscalité, à la responsabilité légale (la ferme est une personne morale distincte) et à l’organisation du travail parmi les membres de la famille. Dans bien des cas, l’incorporation de la ferme en facilite le transfert entre générations, car elle encadre clairement les investissements de chaque membre et contribue à la gouvernance et la gestion de l’entreprise au sein de la famille.
Au sein d’une ferme familiale, les rôles peuvent englober les travaux aux champs et à l’étable, la gestion, la tenue de livres, la mise en marché, ainsi qu’un emploi à l’extérieur de la ferme visant à diversifier les revenus d’un ménage. On peut voir des membres d’une famille cumuler un travail à la ferme et un emploi à l’extérieur de la ferme afin de stabiliser les finances familiales, particulièrement lors des années marquées par les faibles prix des produits de base ou de mauvais rendements.
Ce qu’on retient des formes juridiques des fermes
Lorsqu’une ferme est décrite comme « compagnie familiale » ou entreprise familiale, l’entreprise agricole a adopté cette forme juridique pour des motifs juridiques et financiers. La propriété et la gestion demeurent sous la responsabilité d’une famille ou de ménages apparentés.
Comment les fermes familiales évoluent-elles au fil du temps?
Les données des récents recensements montrent que la taille, la structure et l’orientation de la production des fermes évoluent au fil des décennies. Parmi les tendances observées, on peut citer :
- Le nombre total de fermes diminue. Le nombre de plus grandes fermes augmente, surtout dans les secteurs liés aux cultures de céréales et oléagineux.
- Une adoption accrue des technologies et des pratiques telles que l’agriculture de précision, de la production d’énergies renouvelables et des mesures de gestion environnementale.
- Des ajustements dans le choix des activités agricoles de l’entreprise. Par exemple, certaines fermes abandonnent l’élevage pour se concentrer sur les cultures, ou inversement, en fonction des marchés et des capacités de la famille.
Les fermes familiales planifient souvent le transfert intergénérationnel. La relève assume progressivement des responsabilités de gestion et de propriété. Dans certains cas, les fermes fusionnent, se scindent ou forment des partenariats pour s’adapter aux changements des décisions de carrière des membres de la famille et aux conditions économiques.
Ce qu’on retient de l’évolution des fermes
La ferme familiale n’est pas un modèle figé : elle évolue par sa taille, ses technologies, ses productions et ses marchés afin de demeurer viable. La prise de décision continue toutefois d’être ancrée au sein de la famille.

Pourquoi le public fait-il plus confiance aux fermes familiales?
Les recherches sur la confiance du public au Canada démontrent que les Canadiens perçoivent généralement les « fermes familiales » de manière positive et font confiance aux producteurs sur les questions liées aux aliments et à l’agriculture. Ces mêmes études indiquent que des expressions comme « ferme-usine » ou « ferme industrielle » peuvent susciter de la méfiance, surtout lorsqu’elles évoquent de grandes exploitations perçues comme éloignées des consommateurs ou peu transparentes.
Beaucoup de familles veulent vivre de leurs activités agricoles et utilisent des technologies de pointe pour y parvenir. Vous avez peut-être en tête l’image traditionnelle de la « ferme à Mathurin », petite ferme mixte d’autosubsistance. L’autosuffisance, ce n’est pas l’objectif des fermes d’aujourd’hui, mais elles sont assujetties aux réglementations canadiennes. Plusieurs acteurs du secteur s’efforcent d’expliquer cette réalité au public afin de maintenir la confiance.
Ce qu’on retient de la taille des fermes
Lorsque vous voyez des agriculteurs canadiens dans les médias ou dans des événements, ils sont souvent propriétaires ou gestionnaires de fermes familiales d’aujourd’hui. Ils ont des champs plus vastes qu’avant l’ère de la modernité, des étables ou des serres équipées de matériel sophistiqué. Elles ne sont pas des petites fermes qui ne font que subvenir à leurs propres besoins.
Qu’est-ce qu’une journée typique dans une ferme familiale?
Les activités quotidiennes varient selon le type de production, la saison et la région, mais la plupart des familles agricoles combinent plusieurs tâches visant à produire de la nourriture, à gérer l’entreprise et aussi à s’occuper du foyer et ses tâches domestiques. Prenons quelques exemples :
- Dans les fermes d’élevage d’animaux, tous les jours, il faut nourrir et abreuver les animaux, vérifier leur état de santé, nettoyer les installations et la litière pour évacuer et entreposer le fumier, traire les animaux qui produisent du lait, et s’assurer des conditions ambiantes des étables.
- Dans les fermes de grandes cultures, tous les jours on surveille la météo pour prioriser les tâches à faire : entretenir et réparer l’équipement, semer, arroser ou fertiliser les plantes, récolter et s’assurer du bon état des silos à grains (ou autre forme d’entreposage) et de leur contenu.
- Dans les fermes mixtes, on cumule les deux types d’activités précédentes. On voit souvent des saisons très occupées avec des pointes de travail pendant les périodes des semis, des naissances et des récoltes.
En plus des travaux liés directement à la production d’aliments, les familles agricoles s’occupent de la tenue de livres et de registres, du respect des réglementations, de la gestion financière, ainsi que des liaisons avec les acheteurs pour la mise en marché de leurs produits et des communications avec les fournisseurs d’intrants afin que la ferme ait tout ce dont elle a besoin pour bien fonctionner.
Ce qu’on retient du travail de la famille
La dimension « familiale » d’une ferme veut dire que les membres de la famille se répartissent souvent un large éventail de tâches — allant des travaux physiques aux champs et à l’étable, aux activités de gestion, d’administration et de communication, tout au long de l’année.
Les fermes familiales et leurs communautés locales
Les fermes familiales entretiennent souvent des liens durables avec les communautés environnantes. Les membres des familles agricoles s’impliquent dans des commissions scolaires, des organisations agricoles ou des clubs de bienfaisance, et font affaire avec des entreprises locales lorsque possible pour l’achat de carburant, d’aliments pour animaux, de machinerie et de services. Elles peuvent aussi employer des gens de la région pendant les périodes de pointe ou tout au long de l’année.
Certaines fermes familiales établissent également un lien direct avec les consommateurs par leur présence dans les marchés publics, de la vente à la ferme ou en participant à des programmes d’agriculture soutenue par la communauté (ASC), par l’agrotourisme et le biais des médias sociaux. En plus des occasions d’échanger avec les gens, ces initiatives peuvent offrir des sources de revenus supplémentaires à l’entreprise familiale.
Ce qu’on retient de l’impact dans la communauté
Lorsqu’on achète des produits canadiens qui se vantent de provenir de fermes familiales, on peut apprécier qu’ils sont le fruit du travail d’une famille, que la ferme fait partie d’un patrimoine familiale mais aussi, que cette ferme tisse des liens économiques et historiques avec sa communauté.
Comment faire des choix qui appuient les fermes familiales?
Vous pouvez appuyer les fermes familiales en faisant différentes décisions d’achats :
- Choisir des produits cultivés (ou élevés) au Canada, lorsqu’ils sont disponibles, permet de soutenir les fermes d’ici qui produisent selon les normes et les conditions du marché canadien.
- Acheter dans les marchés publics et les réseaux d’agriculture soutenue par la communauté (ASC) ou encore dans des boutiques à la ferme. Ces décisions remettent une plus grande part de votre achat directement aux fermes familiales qui font la commercialisation et la distribution de leurs produits.
- Prêter attention aux mentions d’origine ou aux logos qui mettent en valeur l’origine canadienne des denrées agricoles. Faire ce choix, c’est aussi indiquer votre préférence pour des produits locaux aux détaillants et aux transformateurs.
Ce qu’on retient de nos décisions d’achat
Il n’est pas nécessaire de connaître toutes les structures agricoles pour soutenir les fermes familiales. Choisir des produits canadiens selon votre budget et acheter, à l’occasion, directement auprès des fermes ou par l’entremise de programmes locaux permet d’appuyer les entrepreneurs agricoles d’ici.

Points à retenir
- Au Canada, une ferme familiale est généralement gérée et dirigée par une famille. Les membres de la famille se partagent les prises de décision et fournissent une part importante de la main-d’œuvre. Elles peuvent être de taille ou de statut juridique différents.
- La plupart des fermes canadiennes demeurent des entreprises familiales, même si le nombre total de fermes diminue et que leur taille moyenne augmente, en particulier dans les secteurs qui dépendent de grandes superficies de terres, comme les grains et oléagineux.
- Les fermes mixtes combinent plusieurs types de productions agricoles, comme les grandes cultures et l’élevage, ce qui répartit les risques de l’entreprise et de visent à maximiser l’utilisation des ressources tout au long de l’année.
- La taille d’une ferme ne détermine pas en soi son mode de propriété ni la qualité des soins prodigués; les petites comme les grandes fermes sont assujetties aux mêmes cadres réglementaires en matière de salubrité des aliments, d’environnement et de bien-être animal.
- Les choix quotidiens d’acheter des produits canadiens et, ou l’achat direct auprès des producteurs, appuient les entreprises agricoles familiales au Canada.


La production de poulet avec la famille Keets